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L’exposition Both Before and After réunit des oeuvres de Július Koller, Jirà Kovanda, Dominique Petitgand et Pia Rönicke. Comme son titre le suggère, cette exposition oscille entre deux temporalités, entre la fin pressentie d’une situation et les prémisses d’une autre à venir. Les oeuvres réunies s’inscrivent dans cette dynamique, abordant ce moment particulier où quelque chose semble émerger de façon presque intuitive dans la formulation d’un oeuvre, et qui par la suite s’avère déterminante dans le développement de la pratique de l’artiste.
La pièce sonore À la merci (1988 - 2010) de Dominique Petitgand est composée de deux enregistrements sonores et d’une traduction écrite sous-titrée sur écran. Si l’on retrouve dans cette oeuvre certaines préoccupations de l’artiste - notamment le rapport au langage, à son énonciation, au sens véhiculé par la voix, la musicalité, aussi bien que les mots - celle-ci s’inscrit en décalage avec ses installations récentes. À la place d’une spatialisation du son conduisant à une déambulation dans l’espace, le spectateur est tenu à une écoute linéaire et assise. Après avoir écrit une phrase à la tournure « alambiquée », Dominique Petitgand l’a faite répéter à un enfant de quatre ans en lui dictant les mots un par un phonétiquement, parfois syllabe par syllabe. La pièce sonore se compose de l’enregistrement brut de l’artiste dictant ses indications à l’enfant et du montage de cette phrase effectué par la suite. Le troisième temps de l'oeuvre est celui de sa traduction. Sur le côté, en décalage à la frontalité de l'écoute, un écran diffuse la traduction en anglais de chaque parole comme une décalque visuelle transposant les césures et la musicalité de la bande sonore. Bien qu’enregistrée en 1988, cette oeuvre recèle certains fondements essentiels développés par la suite dans le travail de l’artiste, à la manière d’un pré-générique, d’un concentré des développements ultérieurs.
En 1970 à la “Galerie des Jeunes” de Bratislava, Július Koller met en place pendant un mois un club de ping-pong dans lequel les visiteurs sont invités à jouer. Comme dans d’autres de ses oeuvres, Július Koller envisage la transposition dans le champ du sport d’une communication basée sur un rapport d’égalité, alors rendue impossible par le régime soviétique en place à l’époque. Cette pièce est une sorte de proposition de sociabilité : à travers l’idée du jeu, il serait encore possible, selon des règles établies à l’avance et un esprit de fair–play, de créer une forme de communication et d’échanges. Ce projet est réactualisé dans l’exposition : une table de ping-pong est mise en place dans la galerie à la disposition des visiteurs. Cette pièce emblématique et représentative de la démarche de Július Koller cristallise l’ensemble de ses préoccupations : du désir de communication à la recherche de l’altérité. Dans le même esprit, la galerie devient ici un espace de sociabilité, ouvert sur l’extérieur et préfigurant les activités à venir.
Jirà Kovanda propose quant à lui trois sculptures composées de divers éléments issus du quotidien : une ligne au sol réalisée à partir de deux kilogrammes de morceaux de sucre, une boule de Noël posée sur un chevron en bois ainsi que deux bouts de bois assemblés, appuyés du sol au plafond. Amorcés dans les années 1970, ces assemblages temporaires caractérisés par une économie de moyens et l’utilisation d’objets existants mettent en évidence la prédominance du geste sur l’oeuvre finie. Ils agissent sur et dans l’exposition, révélant ainsi l’espace dans lequel l’objet est présenté. Plus que le morceau de bois en lui-même, c’est l’espace sur lequel il repose, le décrochement du mur qui est souligné. Relevant de micro-gestes ou d’interventions parfois à peine perceptibles, ils marquent un léger décalage dans le cours ordinaire des choses, sans pour autant être extraordinaires ou provocateurs.
L’installation Scanning Through Landscapes de Pia Rönicke est composée de deux projections synchronisées de diapositives accompagnées d’une bande son et d’une série de photographies, tirées d’une même histoire, celle d’Elysian Park. Situé derrière le centre ville de Los Angeles, ce lieu accueille dans les années 1900 une population d’immigrés mexicains dans un petit lotissement appelé Chavez Ravine. Une proposition est faite dans les années 1930 de reloger les habitants de ces baraquements dans des appartements dessinés par l’architecte Richard Neutra. Mais à la fin des années 1940, l’idée est abandonnée, l’habitat social étant considéré comme trop « socialiste ». Dans les années 1950, ils sont expulsés, souvent par la force, avec la promesse d’être réinstallés ailleurs. La municipalité manque à l’obligation de reloger et d’indemniser les habitants expulsés et vend les terrains pour construire le celèbre Dodger Stadium. Quelques maisons abandonnées sont réutilisées en 1962 comme décor du film « To Kill a Mockingbird » (Du silence et des ombres) de Robert Mulligan, dénonçant le racisme dans une Amérique encore entachée de ségrégationnisme. Cette pièce scrute ainsi une histoire ordinaire, celle de l’injustice sociale et raciale du programme urbain de Los Angeles. L’artiste y examine par ailleurs la manière dont l’histoire est gommée puis réécrite, détournée et réutilisée par l’industrie du cinéma hollywoodien, désarticulée puis ré-assemblée, produisant ici-même une nouvelle fiction. Basée sur des recherches effectuées par l’artiste à San Francisco, cette pièce contient en grande partie les méthodes d’association, de juxtaposition et de prélèvement qui constituent les travaux de Pia Rönicke, notamment dans son rapportau document et à la narration.








