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A l’occasion de l’inauguration de l’espace &, l’exposition « Hors-Jeu » avait introduit ce travail en France avec l’œuvre Glendive Foley, (2000) actuellement exposée à la biennale du Whitney à New York. Lors de notre exposition « Affinités Narratives » en juin dernier, son projet intitulé T3-AEON (2001) a été développé dans l’espace public à Paris.
&: gb agency publiera un catalogue sur le travail d’Omer Fast en 2002.
Omer Fast est né en 1972 à Jérusalem. A l’adolescence, il quitte Israël avec sa famille et part vivre à New York. Ce déplacement géographique et culturel apporte des indications fortes pour la compréhension de son travail et révèle des éléments récurrents: l’appréhension d’une société étrangère et l’importance de l’assimilation de sa langue. Dans ses œuvres, le récit personnel est souvent juxtaposé ou intégré à une narration publique.
Omer Fast construit ses « histoires » autour de supports existants (le film, la télévision) dont il analyse et donne à voir les structures complexes ou les codes utilisés. Chaque référence culturelle, populaire ou élitiste, est prétexte à une nouvelle possibilité de lecture composée de strates superposées. Omer Fast examine les relations entre les modes d’expression de masse et l’art. Il explore les différentes potentialités du médium cinématographique et la variété des émotions qui peuvent être conjuguées à travers ce véhicule. Il se concentre sur le rapport qui existe entre l’image et le son. Leur lien ne serait plus qu’une manipulation allant jusqu’à l’absurde. Mais au-delà de ces analyses et de leur traitement, il tend à restituer la place complexe et paradoxale de l’individu dans son environnement quotidien et dans sa définition existentielle.
Une des deux œuvres présentées à la galerie, s’intitule CNN CONCATENATED (2002), elle est diffusée sur un moniteur, reprend la culture télévisuelle à travers le langage stéréotypé de la chaine CNN. Omer Fast a inventorié une sorte de « dictionnaire CNN » et, à partir de ses mots clefs, a recomposé un discours subjectif et personnel. Il s’approprie le format insipide et figé, le rythme rapide et « mondialiste » de l’information généralisée pour délivrer un message décalé et original. A travers CNN et son re-découpage, Omer Fast analyse les contradictions de notre société contemporaine.
Dans la pièce BERLIN-HURA, (2002), Omer Fast parle d’autres paradoxes à travers l’histoire complexe d’Israël.
Quatre moniteurs décrivent un récit étrange mêlant l’Histoire aux souvenirs d’une vie : une vielle dame (la grand-mère de l’artiste) dans son appartement à Tel-Aviv, évoque la mémoire de son père et du parcours de celui-ci, après sa fuite de Berlin en 36 vers Ia Palestine. Ainsi on peut voir et entendre un long monologue, rempli de contradictions, de souvenirs, de certitudes, de doutes, de faits historiques et de sens cachés témoignant d’un présent subjectif.
A cette histoire, répondent deux plans filmés, représentant respectivement ceux de la rue de Berlin où avait habité cette vieille femme et ceux de terrains dans le désert de Negev en Israël que son père avait acquis. L’immeuble à Berlin fut détruit et jamais reconstruit. Les terres dans le désert de Negev sont occupées par des bédouins ayant la citoyenneté israëlienne. Cette terre, officiellement appartient toujours à sa grand-mère même si elle ne peut pas s’y installer. Ces deux paysages vides sont ponctués par des présences humaines. Ils font partie de ces lieux-frontières, à la limite du rationnel, de l’explicable. Enfin, un quatrième élément est la demande faite à un acteur allemand, un homme âgé de reprendre de manière précise, comme en écho, les paroles de la vieille femme. Le documentaire, avec le témoignage de cette femme rejoué par cet acteur, bascule alors dans la fiction. Cette histoire peut appartenir à tout le monde. Par la création d’une nouvelle strate dans le récit, Omer Fast donne une dimension plus globale au dispositif.
De la même façon, le travail de montage du son est l’aboutissement de cette construction: un son ambiant diffusé par deux haut-parleurs de part et d’autre des quatre moniteurs fait entendre tous les bruits d’environnement des deux lieus vides, alors que la diffusion par les casques audio donnent un accès au dialogue de façon intimiste, ici s’alternent dans le fils de la narration les deux personnages de manière aléatoire.
Omer Fast passe ainsi d’une séquence à l’autre laissant le spectateur entre les deux images sans pouvoir choisir : deux cultures, deux moments historiques, deux choix politiques, deux manières de lire l’histoire et de commenter l’actualité.
A travers Berlin-Hura, Omer Fast tente de comprendre son histoire qui lui reste étrangère, analyse les relations de possession et d’appartenance à une terre ou à une culture, et restitue toutes les ambiguités de celui qui raconte.