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Roman Ondák «Talker»

Vues d'exposition

Roman Ondák - Talker, 2003
Roman Ondák
Talker, 2003
Vue d'exposition

Roman Ondák - Talker, 2003
Roman Ondák
Talker, 2003
Vue d'exposition

Roman Ondák - Talker, 2003
Roman Ondák
Talker, 2003
Vue d'exposition

Roman Ondák - Common Trip, 2000
Roman Ondák
Common Trip, 2000
Installation avec 128 éléments (dessins et maquettes)



Commmuniqué de presse

Roman Ondak « Talker » 1er mars - 19 avril 2003

Roman Ondák fait partie de cette nouvelle génération en Slovaquie, pays anciennement rattaché au bloc soviétique, qui a connu presque simultanément les espoirs de transitions politiques tempérés par des lendemains plus réalistes mais aussi l'adaptation de son pays à un nouveau système et son actuelle participation aux changements en cours en Europe. Son oeuvre témoigne, par certains aspects, de ces déplacements identitaires. Son travail - dessins, installations, environnements, photos, performances - s'infiltre par

stratifications aussi bien dans le champ social que conceptuel. Chaque pièce est une nouvelle étape à un processus évolutif qu'il construit et réactive.

A partir d’une réalité donnée, un lieu, un voyage, une expérience, Roman Ondák crée une fiction qu’il déploie de manière informelle, par rebonds. Il place son décor et son sujet, et la scène se rejoue à l’infini par le biais de différents filtres. La mémoire y occupe

une place importante car elle implique l’expérience, le vécu et sa représentation, mais aussi offre un espace plus libre à l'imagination et à l'inconscient. Ce travail se trouve aux limites physiques et psychologiques de notre perception.

Chaque oeuvre éprouve l’espace social et muséal, chaque action artistique s’infiltre dans la sphère du quotidien. La réminiscence devient une sorte de fil conducteur de ce travail. Roman Ondak explore la particularité des lieux d'exposition comme un vaste chantier archéologique dont il combine les éléments afin de mieux comprendre les échos multiples de notre entendement, spatial et temporel, intime ou collectif, rationnel et psychologique.

Pour sa première exposition personnelle en France, Roman Ondák réunit l’installation Common Trip, 2000. Cette pièce, composée de 128 éléments (dessins et maquettes) a été précédemment présentée à Manifesta 3 (Ljubljana). Common Trip a été réalisée par l’artiste en collaboration avec des proches en Slovaquie qui ne voyagent pas. Pendant presque un an, Roman Ondák leur a décrit oralement les endroits où il a voyagés, leurs caractéristiques et leurs bâtiments. A partir de ses souvenirs et de ses descriptions, ils ont dessiné et réalisé des modèles de ces monuments de ces villes qu’ils n’ont jamais vus (l’oeuvre existe de cette manière avant d’être terminée). Au delà du fait que ces personnes n’ont jamais physiquement visité ces lieux, il est intéressant de noter que l’isolement idéologique et physique de la Slovaquie ajoute une strate importante dans la projection et l’interprétation des lieux.

Ces glissements et déplacements mentaux de réalités géographiques interrogent sans doute aussi l‘appréhension de notre culture. Chaque proposition, témoigne d’un style personnel, parfois naïf et maladroit, imaginatif ou stéréotypé. L’ensemble de ces représentations architecturales, constitue un monde à la fois fictif, fantasmé, imaginé et réel. En étant le médiateur, Roman Ondák appréhende ses propres voyages par le filtre de la perception de ses amis. L’expérience première se fond et s’affirme étrangement par la réinterprétation et l’imagination des autres.

L’ensemble de cartes postales intitulé Antinomads (2000) représente des portraits d’amis, des connaissances de l’artiste qui ne souhaitent pas voyager. Ces personnes sont photographiées chez elles, dans leur intimité, et reflètent la vie quotidienne en Slovaquie. « La population ici est peu mobile; c’est pour cette raison que les gens ont un rapport plus méfiant vis-à-vis de cette nouvelle influence, politique et culturelle de l’Europe à laquelle ils sont censés s’intégrer », dit Roman Ondák. Antinomads est un subtil renversement de situation: le sujet qui ne voyage pas devient un motif de carte postale. Ces oeuvres réactivent l’importance de celui qui reçoit dans le processus de communication et d’échange. Tout en décodant l’information, l’autre l’enrichit, en y ajoutant son expérience et en réévalue son contenu et son sens. En dépit du fait qu’il pourrait y avoir d’énormes différences dans les formes de production de signes et dans leur utilisation, le processus de communication est indispensable. Il initie l’intéraction et l’échange.

Egalement présentée dans l’exposition, Announcement (2002) est une pièce sonore diffusée par un banal radio-réveil. Celle-ci a été réalisée à partir d’enregistrements des nouvelles internationales en Slovaquie dans trois langues différentes (allemand, français et anglais). Le programme d’informations est entrecoupé régulièrement d’une annonce: « Veuillez s'il vous plait prêter attention à l'annonce suivante: en signe de solidarité avec les évènements récents survenus dans le monde, pendant une minute n'interrompez pas vos activités actuelles » et donne par l’absurde une impossibilité de participation aux évènements mondiaux. La radio, objet domestique à peine visible dans la galerie, nous renvoie à un espace de vie et non plus d’exposition. La manipulation par le montage d’un matériau existant, l’infiltration presque anodine du message, témoigne à nouveau d’un glissement de l’oeuvre d’art vers d’autres sphères, plus sociles ou incinscientes. Même si de l’oeuvre d’art vers d’autres sphères, plus sociales ou inconscientes. Même si l’objet l’objet reste discret, l’enoncé formulé vient ponctuer, de manière récurrente et physique, l’approche spatiale et temporelle de l’exposition.

La vidéo Guided Tour (Follow me) retrace une performance organisée par Roman Ondák à Zadar, (Croatie) en 2001 avec la vision projetée dans le futur d’un tout jeune garçon jouant au guide et emmenant les visiteurs du musée dans l’animation des rues et la réalité d’une ville. A nouveau, cette exposition lui sert de cadre pour la création d’une nouvelle fiction qui, partant du musée, se déplace dans la ville. Le discours du « guide » mêle des informations réelles avec des éléments autobiographiques. Le temps employé (le futur), décalé par rapport au discours, induit une projection possible. Est-ce que ce que décrit cet enfant sera la réalité de ce qu’il vivra dans l’avenir ou est-ce que la conjugaison au futur n’est pas une manière d’envisager tous les possibles ? Dans cette pièce,

Roman Ondák affirme aussi l’aspect évolutif de son travail avec sa part de hasard qui ne lui appartient plus. Cette action a été jouée et rejouée, avec à chaque fois une réaction différente de la part des visiteurs et un engagement différent de la part du « jeune guide». Roman Ondák a construit son cadre puis laisse la vie reprendre sa place. Il souhaite expérimenter notre temps de réflexion. Et pour cela, l’artiste joue avec les limites de la réalité et la fragilité de notre perception.

Enfin, une nouvelle pièce constituée de huit dessins et intitulée Slowed-Down Journey (2003) relate un de ses voyages. Partant de ses souvenirs, l’artiste décrit son déplacement à des personnes qui le dessinent vêtu toujours de la même façon dans des halls d’aéroports, des gares, des espaces intérmédiaires de transit... L'itinéraire est articulé en plusieurs étapes, chaque dessin ayant le style propre de son auteur. Par le suivi de la représentation d’un même personnage dans son déplacement que se construit une sorte de story-board. Cet ensemble de dessins réels et imaginaires, à la fois séquences narratives et documents fictifs, décline toute tentative objective d'une représentation unique. Le rapport de l’artiste avec le dessin est très fort: il est la prolongation de l’espace physique filtré par l’univers mental. Il est la représentation adéquate par sa subjectivité.

Cette oeuvre clôt le parcours de cette exposition intitulée « Talker » dans laquelle Roman Ondák donne une place primordiale à la parole, à la tradition orale si importante dans son pays, tout en faisant allusion à l’époque où rien ne pouvait se dire sur la place publique et où tout n’était que rumeur. Cette exposition est peut-être un hommage à la parole et à la manière dont elle produit des gestes, des actions et des oeuvres.